- 25 oct. 2025
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Dernière mise à jour : 19 mars
Père Osende, dominicain, 1921
"Les étapes de la Vie intérieure."
La mort mystique, l'union
et la transformation...
NB : tout ce qui est dit ici est à rapprocher de l'opuscule
de Saint Jean de la Croix, "les mots d'ordre"...
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Extraits
La mort mystique
"Etablissons une fois pour toutes, cette vérité
capitale dans la vie de l'âme, à savoir que sa
finalité est le repos par la mort à soi-même...
Elles se trompent grandement ces âmes
présomptueuses et ignorantes qui se supposent
des états d'esprit imaginaires et veulent pourtant
continuer à agir selon leurs fantaisies. Pour nous,
il n'existera jamais qu'un seul état : suivre
fidèlement l'action de Dieu en nous. C'est à Lui
qu'appartient de nous mettre dans tel état qu'Il
Lui plaira et d'observer envers notre âme la
conduite qu'Il voudra. Notre seul rôle, à nous,
est de respecter, d'accepter et d'adorer."
"Que chacun soit bien persuadé que l'origine
de la plupart de ses angoisses et anxiétés ont
pour cause une trop grande et habituelle
recherche de soi-même. Ce qu'il y a de meilleur
après s'être découvert avec simplicité et sans
réserve à un Père spirituel expérimenté, c'est
de savoir s'en remettre à lui et de suivre ses
conseils pour s'abandonner humblement à
Dieu. Il n'y a pas d'autre Chemin qui
mène au Dieu de Jésus-Christ et ce serait plutôt
une grande peine de voir quelqu'un prendre
pour divin ce qui ne l'est pas... S'il plaît à Dieu
de se communiquer à la personne spirituelle
de telle ou telle manière, Il en est le maître !
Ô divine simplicité d'esprit : tu es le signe qui
nous fera toujours connaître où est l'esprit de
Dieu !"
"Tel est le rôle si important que jouent dans la
vie spirituelle les épreuves, les angoisses et les
souffrances de tout genre : c'est de nous
déprendre de nous-mêmes, de nous disposer
par le détachement actif et la mort active à
cette souveraine abnégation de nous-mêmes,
à cette mort mystique qui est comme le coup
de grâce donné directement par la main de Dieu
à notre vie propre (...) Ce coup nous met en état
de recevoir l'Esprit divin sans entraves ni barrières
au plus intime de notre être. Il se communique
alors à nous sans plus aucun intermédiaire,
s'unissant à notre âme d'une union telle, qu'elle
n'a d'autre expression que sa réalité même."
"Elle n'atteindra pas sa perfection notre âme,
tant qu'elle ne parviendra pas à remplacer en elle,
par la mort intérieure, sa propre volonté par la
volonté de Dieu..."
"Cette mort intérieure se réalise activement
et passivement. On appelle travail actif, celui
que l'âme accomplit elle-même pour créer
ce détachement, vivifiée qu'elle est par
la grâce... On appelle travail passif l'œuvre de
Dieu qui agit directement sur la substance de
l'âme; l'âme reçoit ce que Dieu opère en elle. Elle
ne concourt d'ailleurs pas là à l'action de Dieu
par sa propre activité, mais par sa passivité..."
"C'est le feu divin qui détruit les scories inutiles
de notre être propre et qui produit en nous
la mort mystique. En tant qu'il nous communique
ses qualités, il nous transforme ! En nous transfor-
mant, il se communique lui-même à nous, au
point que nous pouvons dire que nous ne
sommes plus seulement nous-mêmes, mais que
Dieu est en nous et que notre vie n'est plus
seulement notre vie, mais la vie de Dieu en nous.
On dit alors que ce feu divin produit de cette
manière, l'union de Dieu en nous...."
"L'âme humaine, semblable au grain de blé,
possède, cachée en elle, la Vie de Dieu, et si elle
ne meurt pas, elle reste seule ; si elle meurt, cette
Vie s'éveille alors, pour ainsi dire en elle, et, sous
l'action de cette Présence divine, elle se développe
jusqu'à devenir tout entière Vie !"
"Qu'est-ce donc que la mort mystique et quels
sont ses effets ? La mort mystique, comme son
nom l'indique, est une mort mystérieuse qui, dans
l'ordre du surnaturel, détruit dans l'âme sa
manière d'être et d'agir trop spontanément
naturelle... En vivant nouvellement sous la motion
de la grâce, elle raisonne, médite, propose,
envisage, cherche, s'anime et travaille selon des
moyens surnaturels tout comme elle le fait dans
ses actes d'ordre purement naturels... Tout se
fait alors simplement, mais surnaturellement,
c'est-à-dire le plus possible sous la motion de
la grâce divine..."
"La mort mystique détruit dans le domaine
surnaturel, toute cette manière ancienne d'être
et d'agit trop, humainement. L'âme se sent
providentiellement comme dans une impuissance
à agir comme auparavant. Elle ne peut plus se
servir des moyens jusque là employés pour
chercher Dieu. Dieu lui apprend alors à ne plus
rien faire qui dépendrait d'abord de sa volonté
propre... Le mouvement personnel disparaît
alors dans l'ordre du divin. C'est que la vie et
l'action divines remplacent dans cet état dit
"passif", la vie et l'action propres de l'âme,
(de la personne humaine elle-même).
"L'amour est fort comme la mort !"
Il tue le "soi-même" pour donner la vie de
soi-même en Dieu ! Qu'on n'aille pas croire
cependant que la mort mystique détruise la
nature sensible de la personnalité humaine !
Ce n'est pas la nature humaine qui meurt, c'est
l'âme qui meurt à la nature. Tout est surnaturalisé
par l'attention devenue primordiale à la grâce de
Dieu qui sanctifie toute la personne. Il n'y a rien
qui la satisfasse vraiment, rien non plus qui la
chagrine, l'abatte ou la désole... En dépit des luttes
fréquentes qu'elle peut avoir à soutenir, elle reste
inaltérable à toute fluctuation, à tout changement
car elle vit en Dieu. "
Union et transformation
"Il n'y a pas à proprement parler
de transformation d'une chose en une autre,
mais plutôt d'une nouvelle manière d'être
succédant à la précédente qui a été détruite...
C'est comme l'apparition d'un je ne sais quoi
qui était caché au fond de notre être et qui
se révèle enfin en nous par la mort mystique.
C'est quelque chose d'inexplicable et de très
mystérieux : la transformation de la personne en
Dieu par l'union intérieure à Son Mystère est
ressentie par l'âme humaine comme la révélation
ou l'apparition de Dieu en elle-même..."
"Quelque intimement qu'elle se représentât Dieu
habitant en elle, la personne humaine le concevait
comme un autre être complètement distinct d'elle-
même : maintenant, c'est elle qui se sent divinisée
et faite Dieu ! C'est-à-dire qu'elle se sent faite
amour, lumière; bonté, sainteté, paix, liberté,
éternité... Et d'un autre côté, elle voit bien que
tout cela n'est pas sien, qu'elle ne l'a pas
d'elle-même. En ce qu'elle tient d'elle-même,
elle ressent, comme jamais auparavant,
sa misère et son néant. Et c'est là précisément
qu'est la source de tout son bonheur : sentir que
ce qu'elle a n'est pas à elle mais à Dieu,
à l'Etre qui la comble de bonheur et d'amour au-
delà de tout sentiment et que l'esprit ne peut en
aucune manière analyser ni percevoir."
"Auparavant, on cherchait Dieu avec une faim et
une soif insatiables, on s'efforçait par tous les
moyens possibles de devenir saint et parfait,
on travaillait infatigablement à assurer son salut,
on cherchait le plus de lumière et le plus de
sécurité possibles ; maintenant on ne cherche,
on ne désire, on ne veut plus rien parce qu'on
a tout. Et on a tout parce qu'on est détaché de
tout ; on l'a comme si on avait rien : c'est qu'on
n'a plus l'esprit de propriété ou appropriation et
qu'on n'est plus attaché à quoi que ce soit. Et
c'est précisément pourquoi on est heureux,
non pas de son propre bonheur, mais du
bonheur de Dieu. Nous n'y parvenons pas par
la raison mais par la vie de foi, c'est-à-dire par
la voie apophatique, par la divine ténèbre
de la vertu de foi qui surpasse tellement tout
autre mode de connaissance..."
NDLR : voie apophatique
La voie apophatique ou négative souligne
la transcendance absolue et l'inconnaissabilité
de Dieu de telle sorte que nous ne pouvons
rien dire sur l'essence divine car Dieu
est totalement au-delà de l'être.
Dieu est en effet connaissable par la raison
éclairée par la foi, mais la vie de la foi dans
et par une expérience spirituelle authentiquement
catholique, renseignera infiniment plus sur Dieu
que toute spéculation simplement rationnelle.
Expérimentalement, le "sensus fidei"
de la vie spirituelle, fera percevoir sans peine
si quelqu'un parle à partir d'une simple
connaissance intellectuelle "sèche" et extérieure,
ou bien si cette personne parle à partir
de son expérience spirituelle, elle-même
vérifiée et validée à la fois par la Tradition
catholique et par l'objectivation d'une réflexion
à posteriori, permettant alors une vérification
de l'authenticité du Chemin parcouru selon
les critères de la théologie spirituelle catholique,
éprouvée par 21 siècles de Tradition convergente.
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"Car tout ce qui peut se comprendre est limité,
et c'est cette limitation même qui le rend
compréhensible... Mais où la limitation manque,
il ne peut y avoir de compréhension. Vouloir
comprendre et rendre raison de toutes ces choses
divines serait les détruire. On ne trouvera donc
pas étrange que des âmes transformées par la
grâce ne puisse rendre raison d'elles-mêmes ;
elles sont divinisées : Dieu et l'infini sont
incompréhensibles..."
"Aussi, l'unique moyen pour aller à Dieu et Le
connaître surnaturellement, c'est la foi ! Et en
Jésus-Christ par exemple, ceux qui s'arrêtent
seulement à son humanité et ne pénètrent pas
dans le sanctuaire de sa divinité, sont comme
arrêtés à la porte, à cause de la faiblesse de
leur foi... Ainsi en va t-il de la vie intérieure.
Ceux qui s'attachent à des formes sensibles et
ne tendent pas constamment à se dépouiller
de leur sensibilité, pour ne garder que l'esprit
de foi tout nu, n'arriveront ans doute jamais à
la source d'eau vive. S'ils y arrivent, il verront
que les obstacles qui les arrêtaient étaient leur
tendance invétérée vers les appuis sensibles,
et que, au contraire, le seul vrai chemin c'est
l'insatiabilité du cœur et l'esprit de foi qui porte
à se détacher de tout pour rester vide de tout
le côté sensible de notre démarche souvent
bien trop humaine."
"La vie intérieure est bien autre chose et qui n'a
pas de nom, elle remplace infiniment mieux
toutes les vertus , tous les mérites et toutes les
perfections inimaginables… Elle est la grande
chose la seule chose nécessaire dont parle le
Rédempteur. Elle est tout simplement la vie,
la vraie et unique vie; seulement, en ce monde
on ne la goûte qu'avec la mort à soi-même qu'elle
apporte avec elle... Mais par elle, la mort même
sans cesser d'être la mort, devient délicieuse parce
qu'elle est une mort d'amour de Dieu."
"La vie d'union à Dieu est la suprême félicité en
ce monde, c'est la Vie dans la lumière et l'amour
de Dieu, c'est l'allégresse parfaite, le festin divin
où le cœur humain se nourrit et vit habituellement
en Dieu..."
"La vraie vie mystique consistera toujours à suivre
le plan et le bon plaisir divin. Dieu seul, Dieu
au dessus de tout et non pas d'abord notre
esprit propre. La passivité de notre âme est
l'œuvre de Dieu, de ce qu'Il permet en
nous et pour nous et non l'œuvre de l'homme.
Celui-ci devra toujours faire tout ce qu'il pourra
"pour Dieu". Le reste appartient à Dieu. Ainsi donc
dans toutes nos relations avec Dieu et nos
agissements, nous devons Le glorifier, traitant
avec Dieu d'une manière digne de Dieu... Et cela
quand bien même on ne verrait pas clairement
le but caché de Ses desseins ni même la finalité
perceptible de Sa divine volonté."
"Dieu se connaissant et s'aimant dans l'âme qui
se transforme en Lui, telle est la consommation
de toute sainteté et de toute perfection s'il en est.
Par son union progressive en Dieu, la personne
humaine atteint sa finalité propre et dernière,
glorifiant ainsi Dieu par le même acte qui la
possède et constitue son seul vrai bonheur sur
la terre en vue de l'éternité bienheureuse."
"La Vie éternelle, c'est qu'ils Te connaissent" Jn 17
HOC EST FINIS
