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Acquérir une Spiritualité liturgique...


Il s'agit de se former à une vison "intérieure" de la Liturgie, d'intérioriser quotidiennement le contenu de foi véhiculé par tous les éléments de la Liturgie catholique afin d'en vivre... Viser à cela, c'est se donner les moyens d'unifier sa vie chrétienne autour du Mystère de l'Eglise qui se construit dans sa dimension mystique à partir de ce qui est célébré, à partir de Celui que l'on célèbre, à partir de l'annonce du salut en Jésus-Christ, de sa spécificité et de son application concrète jusque dans ce qu'il y a de plus intime en nous-mêmes et à nous-mêmes : le lieu de l'intelligence et de la sensibilité, là où se joue et où se noue l'adhésion libre de l'acte de foi aimant. La Liturgie nourrit la vie spirituelle personnelle ; la Liturgie communautaire transparaît dans la vie de prière personnelle...


Ce qui est prié, ce qui est célébré, devient ce qui est cru ; et surtout, ce qui est vécu au quotidien. La Liturgie est une Ecole de prière, de foi et de vie intérieure. Cependant, il est à regretter qu'en bien des lieux d'Eglise, ceux qui prétendent lui réserver leurs services, la connaissent en réalité fort peu et souvent, moins encore de l'intérieur, à partir du Mystère dont elle est la servante... Ils sont plus dévoués à une technique extérieure qu'au mystère profond ; à ce stade, la Liturgie risque fort de se trouver comme instrumentalisée par de bonnes intentions... On peut malheureusement l'utiliser pour desservir à notre insu le Mystère célébré, en croyant pourtant bien faire... Un comble souvent répandu ! Soit trop rubriciste et tatillonne, la Liturgie instrumentalisée peut devenir une chorégraphie esthétique, une danse sacrée, un théâtre parfait ou un concert remarqué ! Soit misérabiliste et dévitalisée depuis longtemps quant au sens des paroles prononcées ou chantées, elle perd alors tout son souffle et son attrait vertical : elle ne dit plus rien de la foi de l'Eglise qui réunit la terre et le Ciel ! Le Concile Vatican II a voulu pour l'Eglise et avec raison, une Liturgie sobre, priante, dans laquelle les gestes puissent retrouver tout leur sens et dans laquelle les paroles prononcées éduquent notre foi ecclésiale (la foi authentique de l'Eglise) tout autant qu'elles l'expriment...


Développer une spiritualité liturgique, c'est se donner les moyens de connaître vraiment la foi catholique et d'en vivre pour unifier l'intelligence qui appréhende des vérités éternelles et le cœur qui s'approche de façon aimante du Dieu authentique par le Christ. C'est également la liturgie qui nous permet d'unifier notre propre démarche de foi personnelle, réfléchie et volontaire, dans le prisme objectif du Credo de la grande Eglise qui nous rassemble non seulement pour une même louange, mais pour rendre un culte rationnel et cordial, un culte unique au Sauveur et au Médiateur de l'Alliance Nouvelle voulue par Dieu. Très étonnement, la liturgie est ce lieu "catalyseur" qui nous fait vivre à partir des sources authentiques de notre foi. En d'autres termes, il s'agit de célébrer ce qui est vrai et d'en vivre ; d'en vivre soi-même effectivement, afin de consentir à soumettre ce que nous vivons au caractère normatif de la foi authentiquement traditionnelle, historique et ratifiée par la hiérarchie à qui a été confiée le ministère de préserver la foi catholique de tout mélange... Aimer la Liturgie, c'est désirer percer l'intention de Dieu, son dessein éternel, et le révérer par le canal très sûr de la Tradition reconnue. En ce sens, dans cette même Eglise, les formes liturgiques ne sont jamais figées, elles peuvent changer, mais le sens et la signification de ce qu'elles véhiculent elles, ne changent pas. Le contenu de la foi est le même, sa compréhension s'élargit et se développe certes, mais ne doit jamais travestir le cœur du kérygme.


NB1 : A ce propos, il existe un principe fondamental dans l'Eglise, au sujet de la Sainte Liturgie : ce qui est prié c'est ce qui est cru ; ce qui est cru est ici prié : LEX ORANDI / LEX CREDENDI. Cela veut dire que nous devons être très attentifs au contenu de la liturgie, car la liturgie célèbre et exprime effectivement le contenu réel de la foi catholique...



Qu'est-ce que la Liturgie générale ?


La Liturgie recouvre la réalité du culte public que les catholiques rendent à leur Dieu, par Jésus-Christ et dans l'Esprit-Saint. Elle s'exerce surtout dans le Sacrifice Eucharistique, et il y a évidemment, un lien entre la liturgie de l'Eglise et le Mystère de la Rédemption. "C'est par elle que s'exerce concrètement l'œuvre de notre rédemption" (Constitution Conciliaire sur la Liturgie 2 et Oraison sur les Offrandes de la Messe du 2ème Dimanche du Temps Ordinaire).


La liturgie célèbre donc concrètement l'intention de Dieu de sauver par son Fils des hommes pécheurs et éloignés de Lui ; c'est ce qu'on appelle l'œuvre de la rédemption, tout à la fois, la vie, la mort et la résurrection du Christ, Médiateur de l'Alliance Nouvelle. Ce dessein de salut en Jésus-Christ est énoncé dans l'Ecriture, annoncé et préfiguré dans l'Ancien Testament et réalisé par le Christ dans le Nouveau Testament. Ce dessein salutaire est également annoncé par l'Eglise, célébré par elle et déployé dans la vie des chrétiens... Il s'achève dans le monde à venir, dans l'Eschatologie. C'est ainsi que la Liturgie de l'Eglise est un des grands moments du déploiement du salut, de la glorification de Dieu et de la communication à tous les croyants, de la vie divine. Un moment privilégié où ce fleuve de Vie nous est communiqué (Ez 47 ; Jn 4, 13-14, 7, 37-39, 19, 34 ; Ap. 21, 1).


La célébration de la Foi dans la Liturgie est une synergie entre le Christ et l'Esprit-Saint qui agissent et nous mêmes qui rendons ce culte de louange avec et dans l'Eglise. Une célébration liturgique est en effet, un culte rendu au vrai Dieu. Ce culte est d'abord un culte intérieur d'adoration et d'intériorisation du Mystère célébré. Ce culte est une offrande de nous-mêmes en esprit et en vérité dans l'Offrande même du Christ (Jn 4, 23) et il s'accomplit à travers des signes, des gestes, des paroles et des rites, dont certains sont essentiels.


NB2 : Il est à ce propos très important de noter la différence que l'on fera entre la liturgie et les rites (la liturgie passe par les rites et ne se réduit pas aux rites) entre la liturgie de l'Eglise et les pratiques de la piété populaire (très vénérables mais qui ne sont pas à mettre sur le même plan que la liturgie) et enfin entre la place spécifique de chacun dans ce culte rendu au Dieu trois fois saint et le culte rituel que chacun rend en même temps et avec d'autres. La personne chrétienne qui vit la liturgie, n'est pas une simple exécutante de rubriques ou de règles ; elle doit apprendre à célébrer la foi selon les temps et les moments communs à tous, et dans des attitudes communes et différentes selon la tonalité de la célébration. On s'unit corps et âme à un Rite commun ! Entrer dans l'intelligence spirituelle de la liturgie, c'est se disposer à apprendre à devenir soi-même célébrant de la liturgie selon l'Eglise, au titre de notre Baptême et, dans la personne même du Christ, (Constitution dogmatique sur l'Eglise, Lumen Gentium 10) par notre ordination sacerdotale et ministérielle. Bien célébrer les Mystères du Christ, c'est en vivre dans et par la foi ! S'associer volontairement et activement à une liturgie qui ne vient pas de nous mais qui vient de l'Eglise et passe par nous, c'est s'abandonner délibérément au déroulement salutaire du Rite sacré de la célébration de notre foi commune. Le prêtre ordonné exerce son sacerdoce ministériel en permettant aux baptisés d'exercer leur sacerdoce baptismal pour qu'il vivent de la liturgie, par la liturgie et dans la liturgie du culte commun rendu à Dieu par le Christ Médiateur.


La liturgie dont l'essentiel est constitué par les sacrements, est tout entière un signe sacré comme l'est d'ailleurs l'Eglise elle-même : l'élément visible est signe efficace d'une réalité surnaturelle, un sacramentum, un sacrement, au sens où les Pères de l'Eglise employaient ce terme.


La liturgie fait non seulement monter vers Dieu la prière d'adoration et de supplication de l'Eglise, mais elle fait aussi descendre sur l'Eglise et ses membres les grâces de la rédemption. Ce double mouvement, ascendant et descendant de la liturgie, doit être bien pris en compte pour entrer dans la manière dont l'Eglise célèbre la foi commune. Il convient également de situer la liturgie dans le cours de l'économie du salut : elle réalise en effet, dans le Mystère de ses signes réels, ce que l'Ancien Testament annonçait en figures, ce que le Christ accomplissait en vivant parmi les hommes et ce qui apparaîtra clairement dans la liturgie céleste !

NB3 : La foi chrétienne n'a qu'un objet qui est le Mystère du Christ mort et ressuscité, mais ce Mystère unique subsiste sous des modes différents : il est préfiguré dans l'Ancien Testament, il est accompli historiquement dans la vie du Christ, il est contenu en mystère dans les sacrements, il est vécu mystiquement dans les âmes, il s'accomplit socialement dans l'Eglise, il s'achève et s'accomplit pour nous, eschatologiquement dans le Royaume céleste. Le chrétien dispose alors de plusieurs registres pour exprimer cette réalité, d'un symbolisme à plusieurs dimensions. Toute la culture chrétienne consiste à saisir les liens qui existent entre la Bible et la liturgie, entre l'évangile et l'eschatologie, entre la mystique et la célébration publique des mystères de la foi... De la même manière que pour la Sainte Ecriture, on développera l'Exégèse spirituelle afin d'en découvrir le sens caché, dans la liturgie, on s'attachera à la mystagogie, c'est-à-dire à lire dans les rites eux-mêmes, le sens du mystère du Christ... Il s'agit bien de décrypter sous les signes, la réalité invisible qui est célébrée...


"Seigneur, accorde-nous la grâce de vraiment participer à cette Eucharistie, car chaque fois qu'est célébré ce sacrifice en mémorial, c'est l'œuvre de notre rédemption qui s'accomplit sous nos yeux..."

(Oraison sur les Offrandes 2ème Dimanche du Temps Ordinaire)


C'est toute notre vie qui doit devenir une liturgie, la liturgie sacrée de notre être baptismal, l'efflorescence de la grâce divine qui subsiste en nous et atteint toutes les dimensions de notre personnalité... L'épreuve du temps est un noviciat à notre éternité future ! Savoir vivre du Mystère dans les dimensions mélangées de notre existence aujourd'hui, nous prépare à pouvoir l'habiter éternellement demain dans le monde à venir...


Le Temps présent qui célèbre des Mystères éternels...


Temps et éternité sont donc intimement liés dans la vie chrétienne, lorsqu'une conscience vraiment évangélisée poursuit le but devenu principal de la Vie en Dieu, dès maintenant et dans la perspective espérée de la béatitude éternelle... En ce sens, l'année liturgique prend toute sa signification : "Notre Mère la sainte Église estime qu’il lui appartient de célébrer l’œuvre salvifique de son divin Epoux par une commémoration sacrée, à jours fixes, tout au long de l’année. Chaque semaine, au jour qu’elle a appelé « jour du Seigneur » (dies Domini), elle fait mémoire de la résurrection du Seigneur, qu’elle célèbre encore une fois par an, en même temps que sa bienheureuse passion, par la grande solennité de Pâques. Et elle déploie tout le mystère du Christ pendant le cycle de l’année, de l’Incarnation et la Nativité jusqu’à l’Ascension, jusqu’au jour de la Pentecôte, et jusqu’à l’attente de la bienheureuse espérance et de l’avènement du Seigneur. Tout en célébrant ainsi les mystères de la Rédemption, la Liturgie ouvre aux fidèles les richesses de la puissance et des mérites de son Seigneur ; de la sorte, ces mystères sont en quelque manière rendus présents tout au long du temps, les fidèles sont mis en contact avec eux et remplis par la grâce du salut." (cf Constitution Conciliaire sur la Liturgie 102)


A l'origine du temps sanctifié dans la liturgie, la célébration de la Pâque hebdomadaire est apparue de façon plus autonome par rapport à la célébration de la Passion et de la Pâque annuelle dès le IIème siècle. Puis, au IIIème, apparaît progressivement le Carême qui s'aménage comme une préparation à la célébration du Mystère de notre rédemption... C'est au IVème siècle qu'apparaissent à leur tour les fêtes de l'Ascension et de la Pentecôte. De même, le temps de l'Avent comme préparation à la grâce de l'incarnation du Verbe se met en place lui aussi...


Les mystères chrétiens ont souvent converti des réalités préalablement païennes. "Sol Invictus" ( Soleil invaincu ) par exemple, est une divinité solaire dont le culte est apparu dans l'Empire romain au IIIème siècle. Il reprend des aspects de la mythologie d'Apollon et du culte de Mithra, et connait une grande popularité dans l'armée romaine. L'empereur Aurélien (270-275) lui assure une place officielle à Rome en proclamant que le « Soleil invaincu » est le patron principal de l’Empire romain, en inaugurant un nouveau temple en son honneur le 25 décembre 274, et en faisant du 25 décembre une fête officielle appelée le « jour de la naissance du Soleil invaincu » (du latin dies natalis solis invicti) et la date du solstice d'hiver - qui tombait pourtant alors, comme aujourd'hui, le 21 décembre - la date de l'équinoxe de printemps ayant été fixée par les Romains au 25 mars des siècles avant sa modification au 21 mars par le Concile de Nicée en 325 - . Cette fête vient alors se placer dans le prolongement des Saturnales, une période de fête ancienne qui fut la plus importante de Rome. Un temple est dédié au Soleil au Champ de Mars... L'Empereur Constantin Ier, le premier empereur romain finalement converti au christianisme, fut au début de son règne adepte du « Soleil invaincu », comme en témoignent ses émissions monétaires. Il a fait du dimanche (appelé à Rome « jour du soleil ») un jour de repos en hommage au « Soleil invaincu » par une loi du 7 mars 321. Les premiers chrétiens célébraient déjà le dimanche en tant que jour de la résurrection du Christ et « premier jour de la semaine chrétienne», et se réunissaient pour une Eucharistie le dimanche. Le Seigneur Jésus est Lui-même appelé "notre Soleil de Justice" par les premiers chrétiens...

Durant la christianisation de l'Empire romain, la célébration de la naissance de Jésus de Nazareth, le 25 décembre par les chrétiens de Rome a progressivement remplacé le culte de "Sol Invictus"...



Entrer dans le Mystère... Vivre du Mystère....


Mustêrion en grec, mysterium en latin, traduisent dans leur langue, la même réalité de la spiritualité chrétienne : le secret de Dieu sur l'homme, le secret de Dieu sur le monde... (1 Cor 2, 7 svts ; Rm 16, 25-26) Ce secret, ce Mystère, c'est le dessein d'amour et de salut de Dieu, la réconciliation de tous les hommes en Dieu par le Christ... (Eph 1-2-3) ; la venue du Christ, sa Mission, sa mort et sa résurrection (Col 1, 13-23). Le Mystère est défini à la fois par son contenu et par Celui qui l'accomplit : c'est le Mystère du Christ-Sauveur. Il est grand le Mystère de la foi !


NB4 : Le Mystère recouvre ainsi plusieurs significations : les évènements de la vie du Christ, les rites sacrés qui nous font participer aux divins Mystères du Salut ("les saints mystères"), les vérités de foi qu'il nous découvre sur Dieu Lui-même (Trinité, Incarnation...), le mystère de l'Eglise.


C'est le Christ qui, principe et fin de tout, est le principe de toute notre vie : Jn 1, 16 ; Jn 14, 6 ; Jn 10, 10-15 ; Jn 15 ; Col 1, 19-22 ; Eph 1, 22-23 ; Eph 2, 14-16... Jésus n'est pas seulement un Prophète venu dire une Parole de la part de Dieu. Il est la Vie, la source de la Vie, le Fleuve de Vie, la Vie qui se communique, le Principe même de toute de Vie. C'est par sa vie et toute sa vie, que le Christ nous sanctifie et qu'Il nous vivifie... La Liturgie célèbre donc les Mystères de la vie du Christ : "Vous ferez cela en mémoire de moi..." Vivre l'Année Liturgique avec le Christ et l'Eglise, c'est repasser en nous et devant nous, les mystères qui nous sauvent. En effet, "l'Année liturgique n'est pas une représentation froide et sans vie, la simple représentation d'évènements du passé... Elle est le Christ qui persévère dans son Eglise. Ses mystères, à cause de ses mérites et de ses prières, sont la source de la divine grâce ; ils se prolongent en nous par leurs effets..." (Pie XII, Mediator Dei, 3ème II)


"Faire mémoire", en langage liturgique signifie "rendre présent..."


Ce que le Christ a fait une fois pour toutes à titre exemplaire et efficace, Il le refait Lui-même volontairement en chacune de nos liturgies afin que nous en vivions. La Liturgie catholique est un lieu d'Évangélisation car elle est un lieu de transformation et de conversion intérieure, à condition de ne jamais l'instrumentaliser pour la travestir dans ses formes ou son contenu. Les rites par ailleurs ne sont jamais figés ; ils peuvent même changer. C'est le contenu de la foi célébré qui lui, ne change jamais.


"Ce que le Christ a opéré, Il ne l'a pas opéré seulement pour les hommes présents à son époque, mais aussi pour nous qui viendrions ensuite (...) Le jour même où le Sauveur a opéré des merveilles pour nos pères, Il les a aussi opérées pour nous (..) Toutes choses sont pour lui dans le présent : le temps tout entier est pour Lui un aujourd'hui (...) Les merveilles du Christ sont telles en effet, qu'elles ne passent pas par l'ancienneté mais croissent par la grâce, qu'elles ne sont pas ensevelies dans l'oubli, mais se renouvellent dans leur force..." (Saint Maxime de Turin , 1er évêque de Turin au début du Vème)


"Pour tendre à la perfection chrétienne, il convient que les chrétiens participent à tous les mystères de Jésus-Christ, cet aimable rédempteur, les ayant opérés exprès en sa personne, pour qu'ils fussent des sources de grâce très grandes et très particulières en son Eglise. Chaque mystère a acquis à l'Eglise la grâce sanctifiante et une diversité d'états et de grâces particulières que Dieu répand dans les âmes purifiées quand il lui plaît, et plus ordinairement dans le temps de la solennité des mystères."

(Monsieur Ollier, Catéchisme chrétien, XVIIème)


"Comme nous devons continuer et accomplir en nous la vie, les vertus et actions de Jésus sur la terre, ainsi nous devons continuer et accomplir en nous les états et mystères de Jésus, et prier souvent Jésus qu'Il les consomme et accomplisse en nous et en toute son Eglise. Car c'est une vérité digne d'être remarquée et considérée plus d'une fois que les mystères de Jésus ne sont pas encore dans leur entière perfection et accomplissement. Bien qu'ils soient parfaits et accomplis en la personne de Jésus, ils ne sont pas néanmoins encore accomplis et parfaits en nous qui sommes ses membres, ni en son Eglise qui est son Corps Mystique. Car le Fils de Dieu a dessein de mettre une participation, et de faire comme une extension et continuation en nous et en toute son Eglise du Mystère de son incarnation, de sa naissance, de son enfance, de sa vie cachée, de sa vie conversante, de sa vie laborieuse, de sa passion, de sa mort et de ses autres mystères, par les grâces qu'Il veut nous communiquer, et par les effets qu'Il veut opérer en nous par ces mystères. Et par ce moyen, Il veut accomplir en nous ses mystères. A raison de quoi Saint Paul dit que Jésus-Christ s'accomplit dans son Eglise (Eph 1, 23) et que nous concourons tous à sa perfection et à l'âge de sa plénitude (Eph 4, 13), c'est-à-dire à son âge mystique (...) Ce que dit Saint Paul de l'accomplissement du mystère de la passion, se peut dire de l'accomplissement des autres états et mystères de Jésus. Ainsi, le Fils de Dieu a dessein de consommer et accomplir en nous et en son Eglise, de tous ses états et mystères, par une communication et participation qu'Il veut nous donner, et par une continuation et extension qu'Il veut faire en nous de tous ces états et mystères. Et ce dessein du Fils de Dieu ne sera point accompli jusqu'au jour du jugement... La vie que nous avons en la terre ne nous est donnée que pour l'employer à l'accomplissement de ces grands desseins que Jésus a sur nous." (Saint Jean Eudes, Vie et Royaume de Jésus, XVIIème)


"De la perpétuité des mystères de Jésus-Christ : il faut considérer l'infinité de ce qui est communiqué par l'infinité de la personne qui les accomplit en sa nature humaine. Il faut peser la perpétuité de ces mystères en une certaine sorte : car ils sont passés en certaines circonstances, et ils durent et sont présents et perpétuels en certaine autre manière. Ils sont passés quant à l'exécution, mais ils sont présents quant à leur vertu, et leur vertu (leur force) ne passe jamais, ni l'amour avec lesquels ils ont été accomplis. L'esprit donc, l'état, la vertu, le mérite du mystère est toujours présent. Voilà ce qu'il nous faut considérer : l'esprit de Dieu (l'intention) par lequel ce mystère a été opéré, l'état intérieur du mystère dans sa manifestation extérieure, l'efficace et la vertu (force) qui rend ce mystère vif et opérant en nous... Le mérite par lequel Il nous a acquis à son Père, le mérite par lequel Il nous a mérité le Ciel, la vie et soi-même... La disposition vive par laquelle Jésus a opéré ce mystère, est toujours vif, actuel et présent à Jésus ! (Cardinal de Bérulle, Opuscules, XVI- XVIIème)


Toute l'œuvre de la Liturgie consiste à rendre présent les mystères de la vie de Jésus afin qu'ils s'incarnent en nous-mêmes et nous transforment. Nous laisser christianiser, c'est nous laisser diviniser, car ce que nous célébrons dans la Liturgie, c'est toute la vie du Dieu fait-homme, qui veut prendre forme en nous... A ce titre, la prière de Mr Ollier est éloquente, et l'expression de l'Abbé Thellier de Poncheville (XIXème), exprime bien l'intention de la Liturgie : "Tout l'évangile dans toute la vie". Quand Origène dit que le Christ doit pouvoir se promener en nous et dans toutes les dimensions de notre être profond, c'est précisément par la porte de la Liturgie catholique vécue selon l'Eglise, que toutes les portes intérieures, souvent fermées en nous-mêmes, peuvent finir par s'ouvrir pour rendre un culte authentique au vrai Dieu...


Prière de Mr Ollier :

"Ô Jésus, vivant en Marie, viens vivre en nous, dans la sainteté de ton Esprit, dans la perfection de tes voies, dans la vérité de tes vertus, dans la communion à tes mystères. Maîtrise en nous toute puissance ennemie, en ton Esprit Saint, à la gloire du Père. Amen"


Le silence dans la Liturgie


Dans la célébration de la Messe tout particulièrement, le respect du silence sacré aidera grandement les fidèles à entrer dans le Mystère. Il s'agit de leur donner le sens des réalités invisibles..." Pour promouvoir la participation active des fidèles, on favorisera les acclamations, les réponses, le chant des psaumes, les antiennes, les cantiques et aussi les actions ou gestes et les attitudes corporelles. On observera aussi le silence sacré." (Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium 30)


Le choix d'une spiritualité liturgique passe par le choix du silence

"La dynamique de la parole et du silence, qui marque la prière de Jésus dans toute son existence terrestre, surtout sur la croix, touche aussi notre vie de prière dans deux directions. La première est celle qui concerne l’accueil de la Parole de Dieu. Le silence intérieur et extérieur est nécessaire pour que cette parole puisse être entendue. Et c’est un point particulièrement difficile pour nous à notre époque. En effet, notre époque ne favorise pas le recueillement et l'on peut même avoir parfois l’impression qu’il existe une peur de se détacher, même pour un instant, du fleuve de paroles et d’images qui marquent et remplissent les journées. Redécouvrir le caractère central de la Parole de Dieu dans la vie de l’Eglise veut dire redécouvrir le sens du recueillement et de la paix intérieure. La grande tradition patristique nous enseigne que les mystères du Christ sont liés au silence ; par lui seul, la Parole peut faire en nous sa demeure, comme chez Marie, qui est inséparablement la femme de la Parole et du silence. Ce principe — que sans le silence, on n’entend pas, on n’écoute pas, on ne reçoit pas une parole — vaut surtout pour la prière personnelle, mais aussi pour nos liturgies : pour faciliter une écoute authentique, elles doivent être aussi riches de moments de silence et d’accueil du Mystère, sans parole. La remarque de saint Augustin est toujours valable Verbo crescente, verba deficiunt — « Quand le Verbe de Dieu augmente, les paroles de l’homme manquent » (cf. Sermons 288, 5 ; Sermons 120, 2). Les Evangiles présentent souvent, surtout au moment de choix décisifs, Jésus qui se retire seul dans un lieu à l’écart de la foule et de ses propres disciples pour prier dans le silence et vivre sa relation filiale avec Dieu. Le silence est capable de creuser un espace intérieur au plus profond de nous-mêmes, pour y faire habiter Dieu, pour que sa Parole demeure en nous, pour que l’amour pour Lui s’enracine dans notre esprit et notre cœur, et anime notre vie. La première direction est donc de réapprendre le silence, l’ouverture pour l’écoute, qui nous ouvre à l’autre, à la Parole de Dieu.


Il existe toutefois une deuxième relation importante entre le silence et la prière. En effet, il n’existe pas seulement notre silence pour nous disposer à l’écoute de la Parole de Dieu. Souvent, dans notre prière, nous nous trouvons face au silence de Dieu, nous éprouvons presque un sentiment d’abandon, il nous semble que Dieu n’écoute pas et ne répond pas. Mais ce silence de Dieu, comme cela a été le cas également pour Jésus, n’exprime pas son absence. Le chrétien sait bien que le Seigneur est présent et écoute, même dans l’obscurité de la douleur, du refus et de la solitude. Jésus rassure ses disciples et chacun de nous que Dieu connaît bien nos nécessités à tout moment de notre vie. Il enseigne aux disciples : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l'ayez demandé » (Mt 6, 7-8) : un cœur attentif, silencieux, ouvert est plus important que de nombreuses paroles. Dieu nous connaît intimement, plus que nous-mêmes, et nous aime : savoir cela doit être suffisant. Dans la Bible, l’expérience de Job est particulièrement significative à ce propos. En peu de temps, cet homme perd tout : sa famille, ses biens, ses amis, sa santé : il semble véritablement que l’attitude de Dieu envers lui soit celle de l’abandon, du silence total. Pourtant Job, dans sa relation avec Dieu, parle avec Dieu, crie à Dieu ; dans sa prière, en dépit de tout, il conserve intacte sa foi et, à la fin, il découvre la valeur de son expérience et du silence de Dieu. Et ainsi, à la fin, s’adressant au Créateur, il peut conclure : « Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu » (Jb 42, 5) : nous connaissons presque tous Dieu uniquement par ouï-dire et plus nous sommes ouverts à son silence et à notre silence, plus nous commençons à le connaître véritablement. Cette extrême confiance qui s’ouvre à la rencontre profonde avec Dieu a mûri dans le silence. Saint François-Xavier (+1552) priait en disant au Seigneur : je t’aime non parce que tu peux me donner le paradis ou me condamner à l’enfer, mais parce que tu es mon Dieu. Je t’aime parce que tu es Toi ». (Benoît XVI, Catéchèse du 7 MARS 2012)



Pratiquement, comment acquérir une Spiritualité liturgique ?


Qu'il s'agisse de la Messe quotidienne ou bien de l'Office Divin (Liturgie des Heures ou Bréviaire), qu'il s'agisse d'un Rituel sacramentel (Baptême, Mariage, Ordination...) ou de tout texte ou de toute prière liturgique de l'Eglise, il faudra toujours se souvenir que ces éléments précieux, exhalent de fait, le précieux nectar de la foi catholique : LEX ORANDI / LEX CREDENDI (ce qui est prié, c'est ce qui est professé et ce qui est professé, est ici célébré...) On peut même se permettre d'oser compléter adéquatement cet adage très ancien, et de la manière suivante : LEX ORANDI / LEX CREDENDI et LEX VIVENDI (tout ce qui est prié dans la Liturgie, c'est effectivement ce qui est cru dans l'Eglise et c'est aussi ce qui a pour but de devenir la vie même de tous les chrétiens...)


La Liturgie qui sert un Mystère sacré, est elle-même sacrée. On l'approche dans la foi, mais il n'est pas impossible d'en comprendre certains éléments avec nos moyens humains. Il s'agit bien selon l'adage de Saint Augustin, de "croire pour comprendre et de comprendre pour mieux croire..." (Sermon 43) Nous apprendrons alors à recueillir par l'intelligence, les éléments porteurs de sens de la Liturgie, et à les laisser descendre dans le cœur pour vivre spirituellement de tout ce qu'ils signifient, afin d'en informer notre louange et notre adoration. Notre nourriture spirituelle n'est pas d'abord constituée par ce que nous comprenons subjectivement de ce que nous célébrons, mais de ce que l'Eglise elle-même comprend quand elle célèbre le Salut éternel en Jésus-Christ Sauveur et Médiateur unique de l'Alliance nouvelle et éternelle... Si la Liturgie est une louange et une adoration, elle est bien une nourriture spirituelle... S'il convient d'être attentif à rendre un culte authentique au Dieu véritable, il est également important de se nourrir en vérité de tout ce qu'est la Sainte Liturgie...


Sur quels éléments fonder sa propre spiritualité ?


C'est le Christ que nous recherchons dans la Liturgie. Le Christ tel que Son Eglise le professe. C'est le Christ qui Baptise, c'est le Christ qui est présent dans Sa Parole, et combien plus encore, c'est le Christ qui se rend sacramentellement présent en Son Eucharistie. Très tôt dans la primitive Eglise, depuis la Didaché même, on recommandait aux nouveaux chrétiens d'être très fidèles à l'Assemblée du dimanche. "Que personne ne diminue l'Eglise du Christ, en n'y venant pas !" A plusieurs reprises, il est dit déjà dans le Livre des Actes des Apôtres, que les chrétiens se réunissaient fréquemment en Assemblées pour louer leur Dieu et célébrer leur Seigneur (Ac 2, 42 et Ac 20, 7). Origène à Alexandrie chargé à 19 ans des catéchumènes du diocèse, au IIème siècle, rappelle aux chrétiens la nécessité de se tenir aux Assemblées d'Eglise... La Liturgie à laquelle il a toujours été recommandé de participer d'une manière communautaire, nous conduit également à la prolonger et à en vivre d'une manière personnelle...


Chaque jour, il convient de préparer sa nourriture spirituelle pour la nouvelle étape qui s'ouvre à nous. Le jour nouveau que Dieu permet réclame sa pitance ! Que ce soit à partir d'un psaume de l'Office, d'un passage de l'Ecriture de la Messe du jour. Il y a aussi les Oraisons de la Messe, les prières toujours très anciennes et vénérables, qui véhiculent un contenu savoureux. Qu'il s'agisse de l'Oraison du début de la Messe, appelée collecte (car elle rassemble les prières réunies de chacun) de la Prière sur les Offrandes ou de celle que l'on prie à la fin de la Messe après la Communion. Relever chaque jour dans la Liturgie du jour, une phrase, un verset qui nous "pique l'âme" et que nous conserverons toute la journée dans l'estomac de la mémoire spirituelle...


Isaac de l'Etoile, moine cistercien (+1120), dit qu'il y a "trois exercices spirituels" : "la lecture, la méditation et l'oraison. Par la lecture, Dieu te parle, par la méditation tu L'interroges et par l'oraison tu L'implores..." (Sermon 14, Sources chrétiennes 30). Il convient donc de lire tout d'abord, et de laisser descendre dans l'âme et dans toutes les dimensions de notre vie, ce que nous aurons glané dans la Liturgie du jour.


Quelques exemples :


1 "ô Dieu saint, qui nous inities au Sacrements du Ciel, fais-nous passer nous T'en prions, de la vétusté de nos vieux ferments à la nouveauté de la Vie nouvelle..." (Oraison après la Communion, Mercredi de la 2ème Semaine de Pâques)


2 "Que Ta grâce inspire notre action Seigneur, afin que toutes nos activités prennent en Toi leur source et reçoivent de Toi leur seul achèvement..." (Oraison de l'Office des Laudes)


3 "Que notre manière de vivre Seigneur, nous donne la joie de porter du fruit pour le salut du monde..." (Oraison après la Communion, 5ème Dimanche du Temps Ordinaire)


4 "Seigneur, accorde-nous la grâce de vraiment participer à cette Eucharistie, car chaque fois qu'est célébré ce sacrifice en mémorial, c'est l'œuvre de notre rédemption qui s'accomplit sous nos yeux..." (Oraison sur les Offrandes 2ème Dimanche du Temps Ordinaire)


5 "Que cette nourriture pour le salut éternel Seigneur, nous fasse progresser nous T'en prions, dans la foi véritable..." (Oraison après la Communion, 4ème Dimanche du Temps Ordinaire)


6 "Que la force agissante de ce don divin, nous T'en prions Seigneur, saisisse nos âmes et nos corps, afin que son influence et non pas d'abord notre sentiment humain, prédomine toujours en nous..." (Oraison après la Communion, 24ème Dimanche du Temps Ordinaire)



NB5 : D'où viennent ces prières anciennes ? Elles sont très vénérables, car elles s'inscrivent dans la grande Tradition spirituelle des Pères de l'Eglise, grecs et latins. A une époque très proche de celle du Nouveau Testament, des auteurs ont recueilli entre le Ier et le VIIIème siècle, toute la sève remontante de la vie chrétienne dans des Sermons, des Homélies et des Commentaires divers...


Les Oraisons de notre Liturgie Eucharistique se sont élaborées progressivement. Elles sont apparues dans des Livres liturgiques anciens que l'on appelle Sacramentaires et sont venues bien plus tard alimenter notre Missel actuel...


Le Sacramentaire léonien est un recueil de prières liturgiques du Vème siècle, copié au VIe siècle. Le manuscrit original fut découvert à la bibliothèque du chapitre de la Cathédrale de Vérone. Le sacramentaire est actuellement conservé à la bibliothèque capitulaire de Vérone...


Le Sacramentaire gélasien contient les oraisons et préfaces nécessaires à la célébration de la messe. Au Moyen Âge, avec le sacramentaire grégorien, celui-ci était le principal livre de célébration singulièrement réservé au célébrant. Son meilleur exemplaire se trouve dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane copié vers 750 dans la région parisienne.


Le Sacramentaire grégorien est un sacramentaire issu du Sacramentaire du pape Grégoire le Grand. Il s'agit des sacramentaires à la base du Livre octroyé par le pape Adrien Ier à Charlemagne en 791. Ces livres liturgiques romains restent très importants. L'évolution de ces documents fut parachevée en Gaule, et non à Rome, en profitant de la Renaissance carolingienne.


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