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Cours sur la spiritualité de la Route

Le Symbolisme de la Route Il est emprunté principalement à la Bible. Nous sommes en Route, comme Abraham le fut et bien d'autres... Le Christ nous demande de marcher à sa suite, dans ses pas, sans regarder en arrière et sans nous attacher à ce monde qui passe. Etre dans le monde et n'en être pas, tel est le paradoxe auquel le disciple de Jésus est confronté. Des routes sont à prendre dans nos vies, des carrefours et des choix s'imposent et la Bible nous indiquera qu'il y a un Chemin de Vie et un chemin de mort... La Vie d'union au Christ se fera sur le Chemin et sur la Route de nos vies. Le pèlerin apprend d'ailleurs à remonter vers la Maison du Père en honorant son pèlerinage terrestre... Le Christ n'est-il pas la Route qui mène au Père ?

NB 1 : Jérusalem est la Maison de la Liberté - l'expérience de l'Exode, c'est l'expérience du retour au pays de Liberté - le grand passage à la Vie du Christ sera un retour à la Liberté retrouvée... Si Moïse a permis le passage du pays de l'esclavage au pays de la Liberté, Jésus permettra le passage du péché à la grâce, de la mort à la vie, de l'obscurité à la lumière, de la condamnation au salut éternel... Chacun doit accomplir son grand Passage pour s'exercer sur cette terre, à gagner en liberté spirituelle....

NB 2 : Vocabulaire de Théologie Biblique aux articles concernés, Cerf, réédition 2013.

Le thème biblique de la Route Le choix biblique de la Route et des deux voies se trouve au Livre du Deutéronome : "Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu que je te prescris aujourd'hui, et que tu aimes Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu multiplieras, Yahvé ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession (...) Mais si ton cœur se détourne, si tu n'écoutes point et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d'autres dieux et à les servir..." (Dt 30,15). Dans la Bible, le choix de la Route suppose le choix de la vraie liberté : "Heureux l'homme qui ne suit pas le conseil des impies, ni dans la voie des égarés ne s'arrête, ni au siège des rieurs ne s'assied, mais se plaît dans la loi de Yahvé, mais murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté auprès des cours d'eau ; celui-là portera du fruit en son temps et jamais son feuillage ne sèche ; tout ce qu'il fait réussit rien de tel pour les impies, rien de tel ! Mais ils sont comme la bale qu'emporte le vent..." (Psaume 1, Préface à tout le Psautier).

De même l'image des deux arbres : celui qui donne la mort dans la Genèse et l'Arbre de la Vie qui est la Croix du Christ. C'est à ce titre que dans la Tradition chrétienne, on mit très tôt sur les Croix, des branchages verts et frais... "Tout est à toi nous dit Dieu, sauf le chemin qui te donnerait la mort..."

La réalité de la conversion et du Baptême qui correspond dans le Christianisme, à un retour à Dieu, à ce qu'Il a voulu pour nous : "être chrétien, c'est imiter la nature divine" (Grégoire de Nysse , frère cadet de Saint Basile en 330). Voir : Mt 7,13-14 ; Mc 1,1-8 ; Mt 3,1-3 ; Lc 3,1-18.

"Qu'est-ce qu'être chrétien ? L'homme créé à l'image de Dieu... Que personne ne se représente à tort la définition comme excessive... Si l'on considère le premier état de l'homme, on apprendra par les leçons des Ecritures que cette définition n'excède pas les limites de notre nature, car la première condition de l'homme était à l'imitation de la ressemblance de Dieu (Gn 1,27)... La profession de Christianisme est donc la restauration de l'homme à sa fortune première. Si, depuis le commencement, l'homme fut une ressemblance de Dieu, peut-être n'avons-nous pas étendu trop loin notre définition en affirmant que le Christianisme est l'imitation de la nature divine." (Grégoire de Nysse, Nom et profession de chrétien, à Harmonius, MG 46 244CD).

"Si nous recherchons et découvrons la vraie signification du titre de chrétien, nous ne devrions pas consentir à être volontiers différents de ce que ce nom nous attribue… Il serait donc nécessaire de savoir le sens du titre de chrétien, et peut-être deviendrons-nous ce que ce titre exige de nous, de crainte que si nous n'étions changés que par une simple confession de bouche, seulement en portant le nom, nous soyons convaincus par Celui qui voit le secret des cœurs, d'être autres que ce que nous paraissons (....) Le nom de Christ signifie roi, et toutes les perfections impliquées (justice, sagesse….). Ces notions peuvent nous donner une certaine intelligence du nom de chrétien. Nous que notre foi au Christ unit à sa personne, nous sommes désignés de ce nom ; Il nous fait participer à ses perfections. En vertu de notre participation au Christ, nous avons reçu ce nom de chrétien ; il nous convient d'acquérir la participation à ses perfections. Si quelqu'un se revêtait du nom du Christ et ne présentait pas dans sa vie les perfections comprises dans ce mot, il ferait mentir son nom. Il serait comme cet homme qui avait apposé à un singe un masque inanimé fait à la ressemblance du visage humain. Pas plus qu'il n'est possible au Christ de n'être pas justice, pureté, vérité (...) il n'est possible au (vrai) chrétien de ne pas présenter en soi une participation à ses perfections. Pour que l'on puisse interpréter le sens du nom de chrétien au moyen d'une définition, nous dirons donc : être chrétien, c'est imiter la nature divine" (Grégoire de Nysse, Ibid.)

"En quoi consiste la perfection de la conduite vertueuse ? Etre reconnu par Dieu pour son ami, et être tel en réalité. Car c'est là réellement la perfection, de ne pas abandonner la vie pécheresse par crainte du châtiment, à la manière des esclaves, ni d'accomplir le bien dans l'espérance des récompenses, trafiquant de la vie vertueuse dans une mentalité intéressée et calculatrice, mais regardant plus haut que tous les biens qui nous sont réservés en espérance selon les promesses, de ne craindre qu'une seule chose, de perdre l'amitié divine et de n'estimer qu'une seule chose honorable et aimable, de devenir amis de Dieu, ce qui est, à mon sens, la perfection de la vie" (Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, SC 1bis, Cerf 2007, la perfection est dans le progrès 320)

Une invitation à marcher.... Caractère dynamique de la marche avec le Christ : marcher dans ses pas. Montée de la vigilance telle que la décrit Origène (Alexandrie 215). Relire Phil. 3 et Heb. 12,18-28. Assistance du Seigneur et du monde invisible : Ps 90, Il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins... Caractère perpétuellement dynamique et non statique de la vie spirituelle et de la vie chrétienne.

Le Christ reprend cet enseignement : il est resserré le Chemin qui mène à la Vie (Mt 7,14; Mt 16-24; Lc 9,1-7; Mc 8,21;

La vraie conversion d'après Grégoire de Nysse : considérer que nous n'en avons jamais fini d'avancer en Dieu.... "D'abord Dieu nous sépare du rocher auquel nous appartenons de naissance, je veux dire du vice auquel nous sommes enclins par une disposition naturelle. Puis il enlève les matières inutiles. Ensuite il commence à modeler le bloc qui lui est proposé, à l'imitation de ce qu'il veut, en enlevant ce qui empêche la ressemblance. Et ainsi, en enseignant des choses élevées, limant et polissant notre esprit, il forme le Christ en nous par l'empreinte des vertus." (Grégoire de Nysse, Sur les Psaumes, MG 44 543B).

"Tu vois combien la course est, pour ceux qui montent vers Dieu, sans limite...Et ce qui est déjà saisi est le principe de ce qui est encore au-dessus. Nous apprenons par là que pour ceux qui progressent (...) la parole de l'Apôtre s'applique : - si quelqu'un croit connaître, il ne connait pas encore comme il faut" (1 Co 8,2). Dans ce qui a précédé, l'âme a connu le Verbe autant qu'elle pouvait le saisir.... Mais comme ce qui n'est pas saisi encore est infini par rapport à ce qui a été saisi, l'époux est apparu souvent à l'âme et néanmoins lui promet de se montrer à elle comme s'il n'avait jamais paru à ses yeux (...) Ainsi, ce qui est attendu est plus magnifique et plus divin encore que tout ce qui a été vu..." (Grégoire de Nysse, Homélie XI sur le Cantique des Cantiques, MG 44 999AB).

Vivre sur la Route, la grâce de l'instant présent par les vertus théologales : Dieu veut voir croître notre vraie liberté et la route nous apprend à être plus libres... Tournés en arrière et inquiets pour l'avenir, nous sommes rarement présents à l'instant qui passe... Une habitude de l'Oraison exerce cette présence à l'instant. Et l'Oraison c'est également comme pour marcher sur la route "l'heure de croire..." Par l'exercice concret des vertus théologales sur la Route, il y a des instants qui prennent une dimension d'éternité : "La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance. La Foi ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas étonnant. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point la charité les unes des autres. Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus. La Foi va de soi. La Charité va malheureusement de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce. La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de ses grandes sœurs, qui la tiennent par la main, la petite espérance s’avance. Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher. Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite." (Charles Péguy, 1873-1914, le Porche de la Deuxième vertu). La fécondité de l'instant présent passera toujours dans la vie spirituelle par l'exercice concret de chacune des vertus théologales dans nos vies : l'espérance voit ce qui n'est pas encore et qui sera....

"Lorsque sur la route nous avons quelque chose de pénible et de plus difficile à soutenir qu'à l'ordinaire, soit du genre de vie que nous avons embrassé, soit du chemin que nous suivons, soit de l'influence des saisons intérieures, souvenons-nous que le Christ a souffert, que le Christ a patienté (...) La science des saints consiste à n'aimer que Dieu en marchant et n'aimer les autres qu'en Lui. Puisse cet amour s'accroître en chaque instant que Dieu nous donne pour remplir notre cœur de plus en plus et remplir tellement toutes nos facultés, qu'immuable comme son appui, la paix de notre âme soit à toute épreuve et ne reçoive plus aucune altération dans les vicissitudes des objets qui nous environnent, et qui ne sont que des ombres sans réalité sur un chemin qui veut nous conduire tellement plus haut (...) Tout ce que Dieu voudra, quand il voudra, comme il voudra à l'instant même qu'il préfèrera..." (Madame Louise de France, Carmélite à Saint Denis, Mère Thérèse de Saint Augustin, 1737-1787, Testament spirituel).

"Aimer, ce n'est pas éprouver de grandes choses, c'est connaître un grand dénuement et une grande souffrance pour l'Aimé (...) le chemin de la vie exige très peu d'agitation et de combinaison : la mortification de la volonté lui va mieux que beaucoup de science." (Saint Jean de la Croix, 1542-1591, Les Mots d'ordre, 235 et 147)

Quid marcher dans le Christ ? Comment marcher à la suite du Christ ? Le Christ nous demande de le suivre dans ses pas ; tout son Evangile nous fait emboîter le pas à sa suite... C'est ce qu'on appelle la sequela Christi. Le fait de suivre le Christ dans les conditions concrètes de sa propre vie terrestre, représente un choix radical. Habiter sa vie, marcher dans sa vie vers la Cité éternelle implique non seulement l'idée mais la réalité d'une conversion jamais terminée. Un pas puis un autre, et cela jusqu'au terme de notre vie, sommet de la Rencontre ultime. Saint Paul dans ses Epîtres, rappelle cette exigence permanente de la vigilance : "le Christ tel que vous l'avez reçu, c'est en Lui qu'il vous faut marcher, enracinés et édifiés en Lui, appuyés sur la foi telle qu'on vous l'a enseignée. Prenez garde qu'il ne se trouve quelqu'un pour vous réduire en esclavage par le vain leurre d'une fausse sagesse selon une tradition toute humaine... (Col 2,6-7). Voir également 1 Jn 2,6, Phil 3,16, Col 1,9, Col 3,3, Eph 17,5... Et relire 1 Co 13 où Saint Paul nous rappelle que notre christianisation par la Route, se fera dans la pratique effective de la vertu de Charité... La plus grande des trois...

"Soyez vigilants sur la Route et par la prière, écrit Saint Pierre


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